Des chercheurs viennent de découvrir un mystérieux « bourdonnement » au coeur de notre galaxie: elle émet une importante quantité de rayonnement micro-onde, et pour l’instant son origine demeure totalement inconnue. Aussi, de nouvelles « îles » de monoxyde de carbone froid ont été découvertes, aidant les astronomes à identifier les régions où se forment de nouvelles étoiles.

Le satellite Planck a été lancé en 2009 avec pour objectif l’étude du fond diffus cosmologique, afin de délivrer des données plus précises que son prédécesseur WMAP. Le fond diffus cosmologique, première « lumière » jamais émise par notre Univers, est une des nombreuses prédictions de la célèbre théorie du Big Bang. Son étude est primordiale à la compréhension de notre Univers, c’est en quelque sorte l’écho de sa création, il y a environ 13.7 milliards d’années.

Planck ne se cantonne pas à l’étude du rayonnement micro-onde de l’Univers naissant, il établit également une cartographie précise recouvrant la totalité du ciel ainsi que notre galaxie. En effet, afin d’établir une cartographie aussi précise que possible, il est nécessaire d’enlever des mesures tout rayonnement émis par la Voie Lactée, et donc d’étudier ce dernier très précisément. Et c’est justement cette étude qui a offert quelques surprises aux astrophysiciens.

© ESA/Planck Collaboration

Hier, lors d’une conférence internationale à Bologne en Italie, les scientifiques en charge de la mission Planck ont présenté les résultats intermédiaires de celle-ci. Les premières données définitives ne seront pas obtenues avant 2013.

« Les images révèlent deux aspects excitants de la galaxie dans laquelle nous vivons, » a dit Krzysztof M. Górski du Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, Californie et de l’Observatoire de l’Université de Varsovie en Pologne. « Elles montrent un brouillard autour du centre de notre galaxie, et du gaz froid là où on n’en avait jamais vu avant. »

Cette « brume » de micro-ondes est émise par une région autour du coeur de la Voie Lactée. Habituellement, ce genre d’émission est plutôt observé dans des régions abritant des supernovae actives. Cependant, les micro-ondes détectées ont un spectre plus « dur », en d’autres termes plus énergétique. Lorsqu’on compare ce rayonnement à celui du reste de la Galaxie, l’émission du coeur de la galaxie fait figure de bizarrerie. Par quoi cette émission pourrait-elle bien être générée?

« Certaines théories suggèrent un plus grand nombre de supernovae, de vents galactiques et même l’annihilation de particules de matière noire, » a dit Greg Dobler de la Collaboration Planck.

L’émission micro-onde semble avoir les caractéristiques d’un rayonnement synchrotron, quand des particules émettent de l’énergie en interagissant avec de forts champs magnétiques. La matière noire, qui est supposée compter pour plus de 80% de la masse de l’Univers, pourrait aussi être à l’origine de cette étrange émission.

La matière noire peut souvent sembler faire office de « bouche-trous » lorsque les explications viennent à manquer… Mais l’annihilation de nuages de matière noire autour du coeur de la galaxie pourrait générer l’énergie nécessaire pour expliquer ce phénomène.

© ESA/Planck Collaboration

En plus de cette anomalie, Planck a également détecté de nouveaux nuages de monoxyde de carbone, établissant une nouvelle carte de sa distribution. Les astronomes utilisent ces nuages pour identifier d’autres grands nuages invisibles de molécules d’hydrogène. L’hydrogène moléculaire étant très difficile à détecter à cause de son faible taux d’émission, le monoxyde de carbone qui subit des processus de formation similaires est utilisé comme traceur indirect. L’hydrogène moléculaire est le « carburant » des processus formant de nouvelles étoiles, et la découverte de nouveaux nuages de monoxyde de carbone permet d’améliorer notre compréhension de la formation d’étoiles dans la Voie Lactée.

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que même ce qui d’un côté peut être considéré comme une nuisance, s’avère d’un autre côté être une très importante source d’information: c’est là toute la beauté de l’astrophysique. Il nous faudra encore attendre un moment avant d’obtenir les résultats définitifs de Planck, et encore davantage avant de pouvoir tirer des conclusions. Qui sait, peut-être aura-t-on droit à de grosses surprises.

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